Une encyclopédie navale inachevée.

Rapporter l’histoire navale de la guerre de 1939-1945, quel défi ! Les difficultés pour rendre accessibles et compréhensibles des évènements s’étant déroulés sur différents théâtres d’opérations et pendant 7 ans sont évidemment très grandes. L’auteur, un professeur à l’Académie navale des Etats-Unis, les aborde dès l’avant-propos : il a fait le choix de décrire chronologiquement les faits de chaque ensemble opérationnel logique. Comme le contexte général est présenté au préalable depuis le traité naval de 1930 et que des incises rappellent au fil du texte ce qu’il se passe à ce moment-là à l’autre bout de la Terre, le lecteur n’est jamais perdu et progresse aisément.

Cette somme de plus de 1000 pages est fort documentée, on apprend quantité de détails sur les acteurs (dirigeants politiques, amiraux, commandants de bâtiments…), sur les matériels et les armements. Les incohérences de certaines données officielles sont mises en lumière avec des arguments pertinents. Les erreurs, parfois dramatiques, des commandants en chef sont analysées. L’ensemble est agréablement illustré de photographies ou de dessins d’époque. De façon presque surprenante, ce livre se lit donc facilement.

Il convient cependant de rapporter les points de déception, dont certains ne sont pas mineurs. La cartographie est le premier d’entre eux : plusieurs chapitres ne comportent pas de carte et il devient alors délicat de se représenter les opérations dans l’espace sauf à ouvrir un atlas ; quand les cartes existent, elles ne sont pas toujours très claires et au moins une (page 706) mentionne des dates erronées (un janvier à la place de juin). Le texte lui-même n’est pas exempt d’erreurs géographiques étonnantes (confusion entre méridien et parallèle ou entre océan Indien et océan Pacifique). Ces erreurs proviennent-elles de la traduction plutôt que de l’édition originale ? Cela jette en tout cas le doute sur l’exactitude des autres données… Je ferai aussi un autre reproche : malgré sa taille, cet ouvrage a des lacunes, sans doute à cause d’une vision plutôt anglo- et américano-centrée. On ne trouve ainsi dans l’exposé des prémices de la guerre du Pacifique aucune mention de la bataille navale de Ko Chang, ni même de la guerre franco-thaïlandaise, certes assez méconnues même en France. Idem en ce qui concerne les opérations en mer Baltique : les attaques soviétiques sur les ports finlandais lors de la guerre d’Hiver puis, a contrario, les opérations navales allemandes et finlandaises de 1941 contre l’URSS pendant la guerre de Continuation, certes accessoires par rapport aux opérations aéroterrestres, ne sont pas traitées. Et le sabordage de la flotte française à Toulon est rapidement évacué sans faire état des quelques sous-marins qui choisirent l’évasion vers Alger ou Oran.

Craig L Symonds. Histoire navale de la seconde guerre mondiale. Editions Perrin, 2020, ISBN 978-2-262-08005-1. Disponible à la médiathèque Anne-Fontaine d’Antony.

17/05/2021

Mots-clés : Lecture, histoire, guerre navale, seconde guerre mondiale, Symonds

Date de dernière mise à jour : 17/05/2021